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L’histoire des personnes noires dans les Cantons-de-l’Est est souvent passée sous silence dans l’historiographie et les interprétations populaires de l'histoire. Pourtant, les Cantons-de-l’Est ont joué un rôle important dans l’histoire de la population noire en Amérique. L’exposition Histoires des personnes noires dans les Cantons-de-l’Est présente  quelques-unes de ces parcelles d’histoires, qui témoignent de chapitres clés de l’histoire des personnes noires de la région, dont l’esclavage, le chemin de fer clandestin, les spectacles de ménestrels noirs (blackface), les cultures sportives, la scène du jazz des années vingt et cinquante, les changements linguistiques et culturels au sein de la population noire des Cantons-de-l’Est dans les années soixante et soixante-dix, ainsi que les mouvements activistes noirs qui se déploient actuellement dans la région.

 

Comme les personnes noires ont rarement été les auteurs ou les protagonistes de l’histoire officielle des Amériques, les archives témoignant de leur vie dans les Cantons-de-l’Est demeurent fragmentaires.

Plutôt que de proposer une histoire définitive ou «complète» de leur histoire, Histoires des personnes noires dans les Cantons-de-l’Est constitue une œuvre inachevée qui invite le public à combler les lacunes de la mémoire collective touchant la vie des personnes noires dans la région.

     

Cette exposition est un « appel à la participation ». Elle a pour but de planter des graines pour de futures conversations, recherches, interventions activistes et réponses artistiques. À ce titre, Histoires des personnes noires dans les Cantons-de-l’Est se tourne vers le passé pour poser des questions sur le présent.

    

De quelle manière les parcelles d’histoire de la population noire des Cantons-de-l’Est peuvent-elles éclairer comment et par qui la région a été façonnée au fil du temps ? Quelles sont les réalités des    communautés noires dans les Cantons-de-l’Est d’aujourd’hui ? Et comment pouvons-nous interagir avec ces récits ici et maintenant ?      

    

Le point de vue sur les histoires rassemblées dans cette exposition qu’exprime le duo artistique composé d’Anna Jane McIntyre et d’Emmanuelle Jacques sert de modèle pour une pratique orientée vers l’avenir, mais informée par l’histoire, afin de créer quelque chose de nouveau.

 

HISTORIES

IN THE

HISTOIRES DES

DANS LES

Eastern Townships

BLACK

PERSONNES NOIRES

Cantons-de-l'Est

Emmanuelle Jacques: Études 1 et 2 Faire partie du paysage/

The Freedom Pickers, stamped ink on Somerset paper, 2022.

Dans les études 1 et 2 Faire partie du paysage/The Freedom Pickers, Emmanuelle Jacques a créé des paysages du

Mont Pinacle (Frelighsburg) en superposant les noms d’une douzaine de résidents noirs des Cantons-de-l’Est trouvés dans les registres des commerçants loyalistes de la région. La police de caractères utilisée pour créer les tampons, appelée US Declaration, s’inspire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis. La typographie fait référence à la période durant laquelle de nombreux Loyalistes sont venus dans la région, dont certains avec des personnes noires réduites en esclavage. Dans les études de Jacques, les personnes noires résidant dans les Cantons-de-l’Est sont présentées comme intrinsèques à la terre et aux paysages, même si leurs noms sont parfois obscurcis ou difficiles à déchiffrer.

À PROPOS DE L'ARTISTE

Originally from Sherbrooke, Emmanuelle Jacques is a visual artist. Her practice stems from drawing and printmaking, and notably combines writing and relational art. Her work is mainly presented in the form of artist’s books and installations, and occasionally in other forms such as performance, video, and audio art.

LES
ARCHIVES
PERDUES

Alors que certaines traces de la vie des personnes noires dans la région ont été préservées dans des archives et la mémoire collective, cette page symbolise tout ce qui a été perdu ou qui n’a jamais été enregistré en premier lieu. Elle est inspirée de la page noire qui se trouve au début de l’anthologie de la littérature noire des prairies, intitulée The Black Prairie Archives, publiée par la professeure Karina Vernon en 2020.

 

RÉTROSPECTIVE DE LA
RECHERCHE SUR
L'HISTOIRE DES PERSONNES NOIR AU QUEBEC

par DOROTHY WILLIAMS

Quand j’ai commencé à écrire sur Montréal au début des années quatre-vingt, j’étais une des rares historiennes de formation intéressées par l’histoire de la population noire au Canada. À cette époque, la recherche sur les personnes noires effectuée au Canada portait principalement sur l’Ontario et la Nouvelle-Écosse, où les communautés et les institutions noires étaient établies depuis longtemps et constituaient un corpus important pour ce nouveau champ de recherche. L’historiographie québécoise, toutefois, ne se penchait pas sur les personnes noires québécoises, car le Québec n’était pas considéré comme un territoire où elles avaient vécu. Et tout au long de ma vie, c’est resté le cas. 

 

J’ai cependant essayé de changer cette perception au cours des dernières décennies. J’ai étudié l’histoire de la population noire au Québec en me penchant sur la race, le genre, la démographie, l’économie, la culture et la langue ; j’ai publié trois livres et divers ouvrages sur le sujet ; et j’ai créé une boîte à outils pour aider le personnel enseignant à aborder l’histoire des personnes noires où qu’il soit au Québec. Ce ne fut pas un voyage  facile. Au début des années quatre-vingt, il n’y avait pas de Google et lorsque je demandais des livres concernant l’esclavage au Canada, ou même sur la population noire au début du dix-neuvième siècle, on me regardait avec étonnement. Il n’y avait pas, alors, de départements d’études noires dans les institutions d’enseignement supérieur, de sorte que je n’avais pas de collègues avec qui partager mes résultats de recherche. Et pourtant, je n’étais pas découragée, j’ai passé des heures et des heures dans des bibliothèques et des dépôts d’archives, à la recherche de bribes d’information et de pistes enfouies dans des articles obscurs et des livres épuisés. De temps en temps, je trouvais un bon filon témoignant d’expériences vécues par des personnes noires dans différentes régions de la province et nous informant sur leur contribution.  Il s’agissait d’un travail laborieux, mais qui valait la peine, grâce auquel j’ai réussi à colliger un ensemble de récits et de données qui ont confirmé que l’histoire de la population noire au Québec était bien plus riche et bien plus complexe qu’on ne l’avait d’abord imaginé.

 

Malgré la diffusion de mes recherches dans des conférences, dans mes cours et dans des publications, il reste une multitude de sujets à explorer et à faire connaître. Même si j’enseigne actuellement l’histoire des personnes noires, que j’ai fait des recherches sur ce sujet pendant quarante ans, je suis triste de constater que la recherche dans ce domaine constitue un défi de taille pour plusieurs. Il est temps de développer davantage ce domaine de recherche historique, car les nombreux champs d’investigation inexploités sur l’histoire des personnes noires au Québec pourraient bien élargir notre compréhension, non seulement du paysage complexe de la diversité dans la province, mais aussi de ce que nous sommes en tant que société.

It has "largely" remained the case.

A PROPOS DE L'AUTEUR

Lauréate du Québec et récipiendaire du Prix Mathieu da Costa, la professeure Dorothy Williams est une pionnière de la recherche sur l’histoire de la population noire au Québec. Elle donne le seul cours sur le Montréal noir à l’Université Concordia. Elle a également créé la première trousse d’outils pancanadienne, « ABC’s of Canadian Black History Kit », pour l’enseignement de l’histoire des personnes noires au Canada de la maternelle au secondaire V. Elle a notamment publié Blacks in Montreal, 1628–1986: An Urban Demography, The Road To Now: A History of Blacks in Montreal et Les Noirs à Montréal, 1628–1986.

LES PREMIÈRES PERSONNES NOIRES
ARRIVÉES EN
NOUVELLE-FRANCE

Selon certaines recherches historiques, la première personne noire à avoir mis les pieds en Nouvelle-France serait un interprète africain nommé Mathieu Da Costa. Les Portugais au quinzième siècle ainsi que les Hollandais, les Anglais et les Français au début du dix-septième siècle recouraient, en effet, à des interprètes africains. Bien qu’il soit possible qu’un Africain nommé Da Costa ait servi d’interprète au Canada à un moment donné pendant cette période, les documents historiques ne confirment pas cette hypothèse et n’indiquent pas quand et avec qui il serait venu.

 

Plus certaine est l’histoire d’Olivier Le Jeune, la première personne réduite en esclavage à avoir été enregistrée comme tel et transportée au Canada depuis l’Afrique. En 1629, le garçon de six ans a été amené comme personne esclavisée à Québec, où il a éventuellement travaillé pour un dénommé Guillaume Couillard. Tout au long de la période coloniale, il y avait un total de 4 092 personnes réduites en esclavage dans la colonie, dont la plupart étaient des autochtones (appelés panis) et 1 443 étaient des personnes noires.

Portrait d'Olivier Le Jeune par Ralph Maingrette

Source: Avec autorisation de l’artiste

AMNÉSIE NATIONALE
ET
ESCLAVAGE
AU QUÉBEC 

by CHARMAINE NELSON

La première annonce concernant la fuite « d’un esclave » a été publiée dans la Montreal Gazette le
29 septembre 1785, un mois après la fondation du journal. Placée par un Irlandais du nom de Robert Maghlin Guthrie, l’annonce offrait une récompense de cinq livres pour la restitution d’un « Mulâtre » nommé Tom Brooks et de son complice, « un certain Richard Sutton ».

 

La publication d’avis dans les journaux canadiens pour retrouver des personnes asservies  fugitives était une pratique courante aussi dans les autres colonies américaines. Le phénomène des personnes asservies fuyant leur servitude témoigne de leur bravoure.Quelques personnes ont peut-être été étonnées en lisant dans une annonce que le fugitif venait de Montréal. Cette réaction est due au fait que, dans l’imaginaire collectif dominant, le Québec et le Canada n’ont pas participé à l’esclavage transatlantique.

Cette perception a été entretenue par les Euro-Canadiens (dans l’enseignement supérieur, dans les programmes scolaires, dans les médias populaires et dans les histoires familiales) qui ont, au fil des générations, créé au Canada un mythe de la tolérance envers les différentes races, ancré dans une politique fédérale de multiculturalisme.

L’amnésie nationale concernant l’esclavage dans les territoires qui constituent aujourd’hui le Canada a été causée par l’importance excessive accordée au chemin de fer clandestin (1834-1865) et à l’abolitionnisme canadien. Les personnes blanches au Canada ont ainsi pu se démarquer avec fierté de celles des États-Unis et se présenter comme des citoyennes et des citoyens, dont les ancêtres n’ont exploité personne dans leur quête de terres, de pouvoir et de capital.

 

C’est en reconnaissant, en rétablissant et en étudiant cette réalité que nous pouvons reconnaître la présence au Canada, depuis des siècles, de personnes d’origine africaine diverse et la persistance du racisme systémique envers les personnes noires depuis plusieurs siècles au Canada.

RUN AWAY on Thursday morning last from the Subscriber, A Mullatto man Named Tom Brooks, Aged Thirty years, about five feet eight Inches high, strong made, had on a Mixed Brown Coat and Weastcoat, Green trowsers, a white Beaver hat with broad Goldlace; speaks English and French perfectly; was in Company with one Richard Sutton by trade a Carpenter, who had on a Blue Jacket, a pair of white trowsers and a new hat. Whoever Secures the said Mullatto or Sutton, so that the Subscriber may be informed of it, shall have a Reward of Five Pounds.

Robt. M. Guthrie

Quebec Supt. 22d. 1785.

Source: Montreal Gazette, 29 septembre1785.

ABOUT THE AUTHOR

 

Charmaine A. Nelson est professeure d’histoire de l’art et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur l’art et l’engagement communautaire de la diaspora noire transatlantique au Collège d’art et de design de la Nouvelle-Écosse (NSCAD) à Halifax. En 2020, elle a fondé l’Institut pour l’étude de l’esclavage au Canada, le premier centre de recherche à se concentrer exclusivement sur cette question.

L'IMMIGRATION DES
PERSONNES NOIRES
AU QUEBÉC AU VINGTIÈME SIÈCLE

par SEAN MILLS

Pendant une grande partie du vingtième siècle, des lois restrictives sur l’immigration basée sur la race ont prévenu l’arrivée massive de personnes noires au Québec. Beaucoup de personnes sont quand même entrées dans la province, principalement pour travailler comme porteurs de voitures-lits et comme domestiques. En 1910, un programme spécial a été mis sur pied pour recruter une centaine de femmes de la Guadeloupe pour travailler comme domestiques dans les familles canadiennes-françaises fortunées. Un programme semblable a vu le jour en 1955 pour recruter des domestiques dans les Caraïbes de langue anglaise.

 

Ce n’est que dans les années soixante que des personnes noires ont commencé à arriver en plus grand nombre. En 1962, le gouvernement canadien a éliminé la plupart des critères d’immigration basés sur la race et, en 1967, il a apporté d’autres changements avec l’introduction d’un système d’immigration fondé sur des points. Ces changements ont facilité l’arrivée de personnes noires, dont celles fuyant la dictature brutale de François Duvalier en Haïti. Rapidement, des Haïtiennes et des Haïtiens plus pauvres ont commencé à arriver. Plusieurs ont été par la suite empêtrés dans une multitude de changements réglementaires liés à l’immigration. En 1974, par exemple, le gouvernement canadien envisageait la déportation de 1500 Haïtiennes et Haïtiens. Mais une large coalition composée d’organisations de la société civile haïtiennes et non haïtiennes s’est liguée contre cette menace de déportation pour finalement obtenir l’annulation de la moitié des ordres de déportation. Les personnes dont les ordres de déportation ont été maintenus ont été renvoyées en Haïti, ont fui le Canada ou sont devenues des sans-papiers.

 

Depuis les années soixante, les différents gouvernements du Québec ont cherché à augmenter le rôle de la province en matière d’immigration, dans le but d’attirer et de recruter des personnes de langue française. Les personnes migrantes noires sont dès lors venues par le biais de canaux officiels, de même que par des chemins illégaux et des moyens non officiels. Elles se sont installées dans les principales villes et dans des régions rurales. Contrairement à ce qui se passait plus tôt au cours du siècle, quand la communauté noire parlait majoritairement l’anglais, la population noire du Québec d’aujourd’hui affiche une grande diversité linguistique. Le français est la langue maternelle la plus déclarée et les six pays principaux d’où proviennent les personnes immigrantes noires ont le français comme langue officielle.

That Place par Shanna Strauss, 2015.

Source : Avec autorisation de l’artiste

ABOUT THE AUTHOR

 

Sean Mills est professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire canadienne et histoire transnationale à l’Université de Toronto. Il est l’auteur de Contester l’empire. Pensée postcoloniale et militantisme politique à Montréal, 1963-1972 et d’Une place au soleil : Haїti, les Haїtiens et le Québec.

LES
CANTONS-DE-L'EST

Les Cantons-de-l’Est tel que définis au 18e siècle font partie du territoire ancestral des W8banakiak (en français, Abénakis). Ces derniers, qui appartiennent à la grande famille algonquienne, sont arrivés dans la région en provenance du Maine, du Vermont et du New Hampshire. Cette nation semi-sédentaire pratiquait l’agriculture et utilisait les cours d’eau et les forêts pour pêcher, chasser, se déplacer et faire du commerce.

Pendant les guerres franco-anglaises en Amérique du Nord, qui ont commencé en 1689 et duré 70 ans, la population des W8banakiak des Cantons-de-l’Est a décliné à cause de la violence coloniale et de la maladie. Le symbole « 8 » dans W8banakiak constitue un « o » nasal dérivant des formes linguistiques autochtones.

Mena’sen :  L’histoire du Pin solitaire

L’histoire la plus connue associée au Pin solitaire nous vient d’une légende abénaquise relatant une bataille, en 1692, entre une tribu abénaquise et une tribu iroquoise. Ne voulant pas perdre de nombreux guerriers au cours d’une importante bataille, chaque camp décide de choisir un guerrier qui représentera sa tribu respective. Les deux se rendent donc au rocher du Pinsolitaire. Selon la légende, les deux guerriers se pourchassent autour du rocher jusqu’à ce que l’un d’entre eux, épuisé, soit abattu par son ennemi. Dans cette légende, le guerrier abénaquis est le vainqueur.

 

Le Pin Solitaire de la Rivière Saint-François, près de Sherbrooke, 1913.
Source: CRCE / Collection Herbert Derrick

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W8banakiak
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Vous êtes les bienvenus sur le territoire des Abénakis.

 

 

LES DÉBUTS DE
L'ESCLAVAGE DANS
BROME-MISSISQUOI

Les premières personnes noires retracées dans les Cantons-de-l’Est avait été réduites en esclavage et emmenées de Nouvelle-Angleterre par des Américains loyalistes à la fin du dix-huitième et au début du dix-neuvième siècle. Elles vivaient à Saint-Armand, dans le comté de Missisquoi, et à Brome. Dans cette région, maintenant connue sous le nom de Brome-Missisquoi, elles travaillaient pour leurs propriétaires aux champs, labourant et cultivant les terres et produisant de la potasse, et comme domestiques. Elles devaient aussi aider à la cuisine, au ménage et à l’éducation des enfants de leurs  « propriétaires ». La maisonnée du loyaliste Philip Luke (1753-1824) était une de ces familles. Vers 1784, Philip Luke est parti de New York pour venir s’établir dans les Cantons-de-l’Est. Il possédait un magasin général et une entreprise de production de potasse prospère à Saint-Armand, dans le comté de Missisquoi.

 

En 1794, sa mère lui a légué six personnes asservies qu’il a amenées chez lui. Il s’agissait de deux jeunes hommes, d’une dame âgée, d’une jeune femme, d’une fillette de cinq ans et d’un petit garçon de deux ans. Lors du décès de Philip Luke en 1824, son fils Jacob Vedeer Luke a hérité des travailleurs asservis de son père, un patrimoine qui, avec les années, à la suite de naissances et d’achats, comptait onze personnes. Le recensement du comté de Missisquoi de 1851 révèle que, près de 20 ans après l’abolition officielle de l’esclavage dans l’ensemble de l’Empire britannique en 1833, 283 « personnes de couleur » et 279 personnes d’origine autochtone vivaient dans la région. Une tombe située au fond d’une formation rocheuse naturelle appelée N***** Rock par les gens du coin contiendrait les restes d’un nombre inconnu de personnes asservies de Brome-Missisquoi.

 

En 2016, le N***** Rock a été officiellement rebaptisé Rocher du repos des Noirs par la commission de toponymie du Québec.

Illustration par Sébastien Thibault, publié à l'origine dans The Walrus

Source : Avec autorisation de l’artiste

SON NOM ÉTAIT
FLAVIA

par HEATHER DARCH

Son nom était Flavia. Nous ne connaissons pas son âge, ni si elle était mariée ou si elle avait des enfants. Nous ne savons pas si elle est née ici, en Afrique, aux États-Unis ou en Angleterre. Nous ne savons pas où ni quand elle est décédée. Son nom n’apparaît pas dans les recensements ni dans les registres de baptêmes et de décès. Son existence est attestée seulement dans des notes succinctes trouvées dans le registre du magasin général de Philip Luke à Saint-Armand, qui mentionnent les objets qu’elle a achetés et le travail qu’elle a effectué comme paiement au cours d’une année. Flavia était une femme noire, et bien que son histoire soit inconnue, elle a eu un rôle à jouer dans l’histoire du comté de Missisquoi.

 

Flavia a peut-être été réduite au statut d’esclave de Philip Luke pendant une partie de sa vie, mais le fait qu’elle soit listée dans le registre, avec son propre compte, laisse supposer qu’elle était libre ou qu’elle était une servante de plein droit alors qu’elle vivait à Philipsburg. Son nom n’apparaît jamais avant ou après 1832.

 

Les achats de Flavia nous donnent une idée de sa vie. Elle achetait des copeaux de bois, du maïs, de l’avoine, du foin, du mouton, de la peau de mouton et du maquereau. On ne retrouve pas d’articles féminins tels que des rubans, des miroirs ou des accessoires de couture. Alors que d’autres consommateurs achètent régulièrement du café, du thé, du tabac, du sucre, du sel et du rhum, Flavia n’achète que du tabac. Elle ne fait pas d’extravagance.

 

Des notes intéressantes sont inscrites à côté de ses achats. Elle payait un loyer mensuel de cinq shillings. Elle louait une vache à qui les achats de foin, d’avoine et de maïs étaient probablement destinés. Mais, ce qui est le plus révélateur est la façon dont Flavia payait ses achats. De janvier à décembre 1832, elle ramassait le fumier, coupait les cordes de bois, fendait les bûches, labourait, semait le maïs, réparait les clôtures, entretenait la route, récoltait le seigle, rasait les moutons et s’occupait de la cour de pommes de terre Flavia figurait également sur les comptes d’autres propriétaires terriens. Elle travaillait pour eux et payait leurs dettes au magasin général grâce à un arrangement avec Luke.

 

Le travail de Flavia ne ressemblait pas à celui des femmes blanches. Dans le but d’obtenir le plus de travail agricole possible du plus grand nombre possible de personnes noires valides, les propriétaires terriens ne faisaient aucune distinction entre les hommes et les femmes noires en ce qui concerne les travaux forcés.

 

Rien de ce qui concerne les personnes noires de la baie Missisquoi n’est de notoriété publique. Nous savons si peu de choses sur eux et pourtant, ils étaient là. Comme Flavia, ils font partie du passé collectif comme n’importe quel autre élément de l’histoire.

Source : Societé d'Histoire Missisquoi

A PROPOS DE L'AUTEUR

 

Heather Darch est historienne, écrivaine, chercheuse, consultante en patrimoine, directrice de projet pour le Réseau du patrimoine anglophone du Québec et conservatrice de musée à la retraite. Elle a étudié à l’Université Trent et à l’Université Guelph. Elle est l’auteure de nombreux articles sur l’histoire des Cantons-de-l’Est au Québec.

LE
CHEMIN DE FER
CLANDESTIN

UNE VOIE À DOUBLE SENSE

Le chemin de fer clandestin n’était pas un vrai chemin de fer. C’était, en fait, un réseau secret des personnes noires libres et d’abolitionnistes blancs qui aidaient les personnes fugitives à échapper à l’esclavage. Il est courant dans l’imaginaire collectif canadien de penser que le Canada était un lieu sûr pour les personnes fuyant l’esclavage aux États-Unis. Plusieurs Canadiennes et Canadiens se souviendront que, durant la première moitié du dix-neuvième siècle, environ 30,000 personnes noires ont échappé à l’esclavage aux États-Unis en venant au Canada grâce au chemin de fer clandestin.

 

Cependant, peu de gens savent que le trafic du chemin de fer clandestin se faisait dans les deux directions. Bien que l’esclavage n’ait été aboli partout aux États-Unis qu’en 1865, soit trente-deux ans après qu’il ait été officiellement aboli dans l’ensemble de l’Empire britannique (incluant le Canada), l’État du Vermont a interdit l’esclavage en 1777. C'était des décennies avant que l'esclavage ne prenne fin en Québec.    

À la fin du dix-huitième siècle, il n’était alors pas inhabituel que des personnes asservies quittent le Bas-Canada (qui incluait les Cantons-de-l’Est) pour se rendre au Vermont ou dans d’autres États du Nord. Cette migration du Canada d’avant la Confédération vers les États américains du Nord faisait parti de ce qui a été appelée le « chemin de fer clandestin inversé ».

 

Après l’abolition de l’esclavage au Canada, la direction du trafic du chemin de fer s’est largement transformé, alors que plusieurs personnes en quête de liberté fuyaient les États du Sud vers des refuges au Vermont et des « stations » partout au Canada. Philipsburg, situé dans Brome-Missisquoi, était une de ces stations.

 

D’après la tradition orale locale, les gens du village faisaient sonner les cloches de l’église méthodiste lorsque des personnes inconnues circulaient dans le village pour avertir les personnes fugitives de se cacher.

Église méthodiste de Philipsburg, Québec
Source : CRCE collection Herbert Derick

LE FEMMES
DES LA GUADELOUPE

En avril 1911, plusieurs groupes de jeunes femmes noires sont arrivés de la Guadeloupe au port Windsor de Montréal pour travailler comme domestiques dans des résidences bourgeoises de la province de Québec. Ces femmes étaient accueillies par leurs futurs employeurs, à moins qu’elles ne soient jugées « indésirables » à cause de leur apparence ou de leur état de santé, auxquels cas elles étaient retournées.

 

Une de ces femmes, Onésime Antonia, est arrivée à Arthabaska le 18 avril 1911 pour travailler dans la maison de l’honorable J. C. Pouliot. Victoire Abelli est arrivée, pour sa part, à Acton Vale le 8 avril 1911 à la résidence d’Alfred Rochon. Et Elisa Reid Ricard est arrivée le 8 avril 1911, à Bromptonville, pour travailler chez E. W. Tobin, un homme d’affaires local bien en vue et député à la Chambre des communes dans le gouvernement de Sir Wilfrid Laurier. Elisa accomplissait ses tâches ménagères quotidiennes pour 5 $ par mois. À cette époque, le salaire mensuel moyen pour les femmes blanches au Québec s’élevait à 11 $, avant l’hébergement qui était évalué à 8 $ par mois.

 

Peu d’autres choses sur la vie d’Elisa Ricard sont connues. Nous ne savons pas si elle était toujours au service de Tobin quand il a acheté, en 1930, un manoir à Bromptonville appelé Woodhaven, qui comprenait vingt-sept pièces, huit foyers et trois escaliers. Il est difficile de ne pas se demander comment ça se passait pour elle, qui avait quitté sa vie et sa famille en Guadeloupe et avait dû s’ajuster à une vie de domestique dans les Cantons-de-l’Est au tournant du vingtième siècle. 

Martha, une domestique employée par la famille Bordeleau à Victoriaville, au Québec, dans les années 1930.
Source : Archives Bois-Francs, Graziella Bordeleau Fonds

SAVIEZ-VOUS QUE..

Les maigres salaires des femmes venues de la Guadeloupe ont fait l’objet d’une importante poursuite judiciaire à Montréal en décembre 1911, dans laquelle un certain K.E. Brossard, collecteur de droits successoraux, a porté plainte pour rupture de contrat contre Marie Didet, qu’il avait fait venir de la Guadeloupe.

 

Après avoir été prêtée à trois ménages différents sans son consentement, Didet a décidé de quitter son emploi chez monsieur Brossard. On lui a alors demandé de payer sa « dette » de 80 $, qui représentait les frais qu’il avait payés aux importateurs pour la faire venir de Guadeloupe. Mme Didet a déclaré qu’elle n’était pas au courant de cette dette et qu’elle avait cru que c’était justement pour cette raison que son salaire était si bas. Le juge Weir a finalement rejeté l’affaire, déclarant que le contrat n’était pas valide à moins d’être écrit ou attesté par des témoins des deux parties contractantes.

 

L’affaire a été couverte par les médias québécois, notamment dans un article du Quebec Chronicle intitulé « Les domestiques de couleur sont dégourdies : elles ne veulent pas travailler constamment pour cinq dollars par mois ».

SPECTACLES DE BLACKFACE &
L'IMAGINAIRE RACIAL DANS LES FOIRES MUNICIPALES

M. Hickey, artiste de théâtre blackface, 1896.
Source : Musée McCord

Au début du vingtième siècle, la culture noire dans les Cantons-de-l’Est, comme ailleurs au Canada et aux États-Unis, était devenue omniprésente dans la musique populaire et au théâtre. Les témoignages locaux à propos des carnavals et des mascarades qui ont eu lieu dans la région dans les années 1910 indiquent que les costumes d’homme « noir », de femme « noire » et de «bébé N***** » constituaient des déguisements populaires. Ce phénomène ne témoigne pas de la présence de populations noires dans la région, mais bien des stéréotypes sur l’identité noire qui faisaient partie de l’imaginaire racial      régional pendant cette période.

 

Tout au long des années 1910, 1920 et 1930, les spectacles de ménestrels (blackface) montés par des troupes locales ou ambulantes étaient des divertissements prisés par la population des Cantons-de-l’Est. Ce genre de spectacle était une forme théâtrale comprenant généralement des chansons, de la danse et des sketchs comiques, dans lesquels des personnes blanches se noircissaient le visage avec du liège brûlé pour caricaturer des personnes noires. Dans le Sherbrooke Daily Record, on retrouve plusieurs publicités pour de tels spectacles à East Angus, Georgeville, Sherbrooke, North Hatley, Danville, Cowansville, Lennoxville, Windsor, Drummondville et ailleurs.

 

Bien que la plupart des artistes qui jouaient sur les scènes des Cantons-de-l’Est au début du 20e siècle étaient blancs (il était fréquent de voir des élèves des écoles secondaires et des scouts montés de tels spectacles), des artistes noirs venus le plus souvent de Montréal, mais aussi possiblement des deux côtés de la frontière canado-américaine, jouaient aussi de tels rôles dans la région.

JAZZ NOIR &
FANFARE BLANCHE

CIRCUITS MUSICAUX DANS
LES CANTONS-DE-L'EST

La fièvre du jazz qui gagne la région dans les années 1920 représente un des moments forts dans l’histoire des personnes  noires dans les Cantons-de-l’Est. Pendant cette période, alors que les groupes composés de personnes de même couleur étaient la norme et que les contrats les plus lucratifs allaient aux musiciens blancs, les Cantons-de-l’Est s’animaient des rythmes syncopés de la musique des groupes de jazz de Montréal, composés uniquement de personnes noires. Les publicités de l’époque trahissent une fascination locale pour la « vraie » musique de jazz. L’Elite Dancing Academy, sur la rue King à Sherbrooke, promettait d’enseigner à ses élèves

La région a connu un nouvel engouement pour le jazz de la fin des années 1940 jusqu’au début des années 1960, lorsque des musiciens de renommée internationale tels que Louis Metcalf, Gene Cooper et Galt MacDermot, un compositeur de jazz blanc (lauréat de deux prix Grammy et diplômé de l’Université Bishop’s) sont venus jouer dans divers endroits, dont l’Université Bishop’s. Louis Metcalfe et son groupe international ont même ouvert la première exposition commerciale de Sherbrooke en avril 1949. Les scènes jazz des Cantons-de-l’Est des années 1920 et 1950 ont relié la région à un réseau diasporique noir et ont constitué un lieu important pour la diffusion de la culture noire dans les Cantons-de-l’Est.

Mynie Sutton and les Canadian Ambassadors au Gatineau Country Club, Aylmer, Québec.
Source: Concordia University Library Special Collections

« LA LIGNE NOIRE »

LA CULTURE NOIRE &
LE MONDE DU SPORT À
SHERBROOKE

par ANDREW HOLMAN

Comme dans le reste du Canada, le sport organisé dans les Cantons-de-l’Est témoigne de la composition de la société dans laquelle il est enraciné. À l’époque victorienne (1837-1901), le sport organisé était blanc et masculin ; l’athlétisme était perçu comme une activité amateur pour les jeunes hommes en devenir. Cette culture a commencé à changer au vingtième siècle, lorsque les femmes et les athlètes de couleur ont commencé à défier les barrières sexuelles et raciales du sport organisé.

Néanmoins,  l’ethnicité a continué d’être un enjeu dans le sport tout au long du 20e siècle. Lorsque des athlètes noirs compétitionnaient, ils étaient évalués non seulement sur leurs habiletés sportives, mais aussi sur la façon dont ils s’affichaient comme personnes noires. Dans les Cantons-de-l’Est, principalement blancs, les athlètes noirs étaient peu nombreux, pour la plupart de passage pour une saison ou une partie. Lors d’un combat qui s’est déroulé en avril 1958 à l’aréna de Sherbrooke, l’un des boxeurs, Ricardo King, a été surnommé le « puncheur noir », rapide comme l’éclair. Lors d’une visite à Sherbrooke en 1968, Ferguson Jenkins, un joueur de baseball canadien des ligues majeures, a été décrit comme un « athlète noir grand et trapu ». Alors que les reportages sportifs dans les Cantons-de-l’Est, comme ailleurs en Amérique du Nord, avaient tendance à se concentrer sur l’intelligence et la maîtrise athlétique des joueurs blancs, les reportages sur les athlètes noirs mettaient l’accent sur les capacités physiques « naturelles » qu’ils étaient censés posséder en vertu de leur condition de personne noire.

À aucun endroit l’accent mis sur la couleur de la peau dans les performances sportives n’a été autant présent que dans les textes sur le hockey. À la fin des années 1940, les joueurs de hockey noirs Herb Carnegie, Ossie Carnegie et Manny MacIntyre, qui étaient les vedettes des séniors de Sherbrooke, formaient le fameux « trio des Noirs », la seule « ligne de couleur dans le hockey organisé ». Même si ces joueurs étaient des athlètes élites, leur couleur et les questions relatives à l’identité noire dominaient la couverture de presse. « Les personnes de couleur n’apprécient pas particulièrement le froid », pouvait-on lire dans un éditorial du Daily Record, « … et pour cette raison les exploits de ces vedettes noires… sont très surprenants. » Un article dans Le Petit Journal de Montréal comparait le trio sherbrookois à Jackie Robinson, avant de parler bizarrement du teint de chaque joueur. Herb a été déclaré « le plus noir des trois » et MacIntyre, « moins noir que ses deux camarades ». Ces descriptions montrent comment le monde du sport organisé n’était pas seulement un espace pour exhiber des performances sportives, mais aussi une arène importante pour exprimer des idées racistes.

« La ligne noire » avec Ossie Carnegie, Herb Carnegie et Vincent (Manny) McIntyre, 1944
Source : Collection de la famille Bernice Carnegie

ABOUT THE AUTHOR

 

Andrew Holman est professeur d’histoire et directeur du programme d’études canadiennes de la Bridgewater State University, dans le Massachusetts. Il enseigne et publie sur le Canada, l’histoire du sport et l’histoire de l’éducation

LA POPULATION NOIRE DES CANTONS-DE-L'EST DE NOS JOURS

par AÏSSÉ TOURÉ & ANGÉLIQUE GOGUEN-COUTURE

En 2016, la population noire des Cantons-de-l’Est comptait 3940 personnes, dont la grande majorité (3420) se trouvait à Sherbrooke. Bien que cette population ne représente aujourd’hui qu’environ 1 % de la population noire du Québec (316 230), elle est en pleine expansion.

 

En effet, étant donné les efforts de la province pour encourager l’immigration vers les régions rurales, la population noire des Cantons-de-l’Est a presque doublé dans les dix dernières années et elle est huit fois plus nombreuse qu’en 1996. La plupart des personnes noires viennent de pays qui ont été colonisés par la France et la Belgique, dont le Cameroun, la République démocratique du Congo, la Côte-d’Ivoire et Haïti. Aujourd’hui, la majorité de la population noire est composée d’immigrantes et d’immigrants de première et deuxième génération.    

Lancement du groupe activiste Shernoir basé à Sherbrooke
Source : Dorothy Mombrun

 

L'ACTIVISME NOIR DANS LES CANTONS-DE-L'EST
AUJOURD'HUI

par AÏSSÉ TOURÉ & ANGÉLIQUE GOGUEN-COUTURE

Les activistes noires dans les Cantons-de-l’Est ont observé qu’il y a une désinformation généralisée et un manque de connaissances concernant les histoires, les cultures et les communautés noires locales. Comme l’immigration dans les régions rurales est plus récente que dans les centres urbains, plusieurs personnes dans les Cantons-de-l’Est ne sont pas au courant des réalités vécues par les personnes noires dans la région. Afin de faire connaître ces réalités à un plus grand nombre, les mouvements activistes centrés sur les expériences de vie des personnes noires se sont multipliés au cours de la dernière décennie.

 

En 2014, une organisation appelée « Touche Noire » a été fondée pour célébrer les trajectoires historiques des personnes noires et pour démontrer qu’elles constituent un élément de la diversité culturelle des Cantons-de-l’Est. En 2020, des étudiantes et étudiants en droit, en collaboration avec les activistes Ornella Yale et Deborah Oriane Akpavi, ont organisé la Marche de Sherbrooke contre le racisme systémique, qui a attiré plus de 3000 personnes. Après la Marche, un groupe de résidents noirs de l’Estrie, dont Félina Barros, Abigael Nzeba, Gretta Sinzobakwira, Love Elonga et Riziki Mkandama, ont fondé SHERNOIR, un regroupement qui travaille sur la création d'un espace d'unité, d'autosuffisance et de bien-être pour la population noire des Cantons-de-l'Est. En février 2021, le Centre des femmes du Haut-Saint-François a créé un « musée » virtuel présentant les portraits de sept femmes noires impliquées dans la communauté régionale. Et en 2020, Aïssé Touré et Angélique Goguen-Couture, inspirées par le Mouvement Le vie des Noirs compte et leurs propres expériences du racisme dans les Cantons-de-l’Est, ont lancé BlackEstrie, une plateforme pour mettre en lumière des talents issus de la communauté noire estrienne.

 

Cette plateforme en ligne, qui présente des personnalités des domaines de l’entrepreneuriat, des arts et des sports, est un espace public permettant à la communauté noire de s’exprimer et promouvant le rôle important qu’elle joue dans la société afin de combattre les préjugés. En 2021, le tandem Touré/Goguen-Couture a aussi créé la série Web « Personne n’en parle » qui aborde des sujets d’intérêt pour les communautés noires de la région.

 

Il est important de souligner qu’un grand nombre de ces mouvements ont été menés et soutenus par le travail de femmes et qu’ils coïncident avec des projets féministes. Les fondateurs de BlackEstrie voient dans la plateforme, ainsi que dans la croissance de l’activisme noir en général, une ère d’espoir renouvelé pour les communautés noires des Cantons-de-l’Est.

Angélique Goguen-Couture & Aïssé Touré, fondatrices de BlackEstrie

Source : Vania Larose

CONSTITUER LES ARCHIVES NOIRES DES CANTON-DE-L'EST

REGARDER VERS LE FUTUR

par JODY ROBINSON & FABIAN WILL

Reconnaître que tant de choses ont été perdues ou non conservées concernant l’histoire des personnes noires dans les Cantons-de-l’Est est un premier pas vers la constitution d’archives historiques qui témoigneront de leur histoire dans la région. Le Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l’Est (CRCE), voué à la préservation du patrimoine des communautés d’expression anglaise des Cantons-de-l’Est, invite les membres des communautés noires de la région à raconter leurs histoires pour les générations futures d’une manière sensible et engageante pour leurs communautés.

 

Une façon de le faire est de donner des documents d’archives au CRCE. Les documents peuvent être de différents types : archives d’organismes qui ont été aux services de la communauté noire, correspondance familiale et photographies. Ils peuvent se rapporter aux aspects sociaux, politiques, personnels, économiques et culturels. En tant que service d’archives, le CRCE conservera et classera les documents pour les rendre disponibles au public. Il aidera ainsi à la constitution d’une mémoire collective sur la vie des personnes noires dans la région.

Les histoires orales      peut aussi combler les lacunes. Le CRCE peut aider les membres de la communauté estrienne en lui donnant de l’information pour la conduite d’entrevues d’histoire orale et en lui fournissant de l’espace d’entreposage pour les enregistrements réalisés. 

 

Si vous désirez faire don de vos documents ou nous informer de l’existence de fonds ou de collections d’archives qui témoignent de l’histoire des personnes noires dans les Cantons-de-l’Est et qui devraient être conservés, veuillez contacter le CRCE.

LECTURES
COMPLÉMENTAIRES

Dorothy Williams, Blacks in Montreal, 1628-1986: An Urban Demography

Dorothy Williams, The Road To Now: A History of Blacks in Montreal

Sean Mills, A Place in the Sun: Haiti, Haitians, and the Remaking of Quebec

Dionne Brand, A Map to the Door of No Return: Notes to Belonging

Karina Vernon, The Black Prairie Archives

Robyn Maynard, Policing Black Lives: State Violence in Canada from Slavery to the Present

David Austin, Fear of a Black Nation: Race, Sex, and Security in Sixties Montreal

Frank Mackey, Done with Slavery: The Black Fact in Montreal, 1760-1840

Afua Cooper, The Hanging of Angélique: The Untold Story of Canadian Slavery and the Burning of Old Montreal

Roland Viau, Ceux de N***** Rock: Enquête sur un cas d’esclavage des noirs dans le Québec ancien

George Elliott Clarke, Odysseys Home: Mapping African-Canadian Literature

Marcel Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec

Brett Rushforth, Bonds of Alliance: Indigenous and Atlantic Slaveries in New France

Michele Johnson and Funké Aladejebi, Unsettling the Great White North: Black Canadian History

Harvey Amani Whitfield, Blacks on the Border: The Black Refugees in British North America, 1815-1860

PISTES POUR UNE
RECHERCHE PLUS APPROFONDIE

LISTE INCOMPLÈTE

Alexander Twilight

Alexander Twilight était un éducateur afro-américain qui a obtenu un baccalauréat du Middlebury College au Vermont en 1823. À la fin des années 1840, Twilight est venu dans les Cantons-de-l'Est pour enseigner dans les écoles de Danville et de Hatley.   

Les domestiques de North Hatley

À la fin du XIXe siècle, les habitants de Baltimore ont commencé à passer leurs étés à North Hatley pour échapper à la chaleur du sud. Certains de ces vacanciers ont amené avec eux leurs domestiques noirs, qui y passaient les étés à travailler dans les maisons de leurs employeurs.  

 

Justus Billings

Justus Billings était un homme noir affranchi qui a travaillé et vécu dans le comté de Missisquoi au début du XIXe siècle. En 1820, il a été pris dans un scandale électoral, lorsque son bulletin de vote a été jugé illégitime parce qu'il n'était pas propriétaire. En 1821, Billings a acheté une propriété à Saint-Armand et a voté légalement aux élections suivantes.    

 

Compétitions de boxe à Sherbrooke

Dans les années 1960 et 1970, Sherbrooke est une plaque tournante des compétitions de boxe dans les Amériques.  Toutefois, la boxe n'est pas seulement une arène où s'exprime la virtuosité athlétique, mais aussi une scène où se manifeste le racisme.  À cette époque, les boxeurs noirs (dont le plus célèbre est Muhammad Ali) commencent à briser les barrières de couleur.

 

L'immigration noire dans les Cantons-de-l'Est des années 1970 à aujourd'hui

L'évolution des lois sur l'immigration au Québec, combinée à l'évolution du paysage politique mondial, a entraîné un changement des tendances de l'immigration dans les Cantons-de-l'Est des années 1970 à aujourd'hui.

 

Représentations des personnes noires dans les journaux des Cantons de l'Est au 20e siècle

Dans les journaux francophones et anglophones des Cantons-de-l'Est publiés tout au long du 20e siècle, les lecteurs trouveront une variété de représentations des personnes et de la culture noires. Certaines de ces publications sont disponibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). 

 

Les personnes noires dans le système de santé des Cantons de l'Est

Au cours des dernières années, et plus particulièrement depuis l'éclosion de la pandémie de COVID-19 et le décès de la femme atikamekw Joyce Echaquan au Centre hospitalier de Lanaudière à Saint-Charles Borromée, des chercheurs, des politiciens et des personnes noires, autochtones et de couleur ont documenté le racisme systémique dans le système de santé au Québec.


Obstacles à l'inclusion économique des personnes noires dans les Cantons de l'Est

Les données montrent que les personnes noires font face à des défis plus importants pour être incluses dans la main-d'œuvre du Québec, même lorsque leur éducation et leur formation sont comparables à celles de leurs homologues non noirs.

 

L'entrepreneuriat dans les Cantons de l'Est

L'économie des entreprises appartenant à des personnes de noires est en pleine croissance dans les Cantons de l'Est, qu'il s'agisse de salons de coiffure et de barbiers (Tresses Africaines, Kemz Style), de centres de massothérapie (C'est Théarpeutique), de studios de danse (Studio A2) ou d'entreprises de boissons artisanales (Hibisera). Il existe également une entreprise de boîtes-cadeaux par abonnement appartenant à des Noirs, qui propose des produits artisanaux organisés par thèmes selon les différentes régions du Québec (découvertelokal).

 

Les artistes noirs dans les Cantons de l'Est

Les arts ont été des moyens importants d'expression pour les personnes noires.

 

Création d'un site officiel du patrimoine à Saint-Armand

Les médias locaux, provinciaux et canadiens ont documenté la saga de plusieurs décennies des efforts de Hank Avery pour faire créer un site officiel afin de commémorer la vie des personnes noires qui ont vécu et sont mortes en servitude à St-Armand.

CRÉDITS

Centre de ressources pour l’étude des Cantons-de-l'Est

2600 rue College

Sherbrooke (QC)

J1M 1Z7

Canada

www.etrc.ca

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Histoires des personnes noires dans les Cantons de l’Est est une exposition du Centre de ressources des Cantons-de-l’Est (CRCE). L'exposition extérieure peut être visitée gratuitement sur le campus de l'Université Bishop's dans le Quadrilatère central près de l’édifice des sciences Johnson jusqu'au 18 mars 2022.


Depuis 40 ans, le CRCE est un organisme reconnu pour les études portant sur la région des Cantons-de-l’Est du Québec. Son Service des archives se concentre sur l’acquisition de fonds d’archives privés portant sur la communauté anglophone, tandis que la mission, le mandat et les activités courantes du Centre portent sur l’ensemble des communautés présentes dans les Cantons-de-l’Est.


Le CRCE préserve le patrimoine documentaire des Cantons-de-l’Est et se positionne en tant que ressource d’expertise en archivistique pour des organismes patrimoniaux locaux.Agréés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le CRCE fait l’acquisition de fonds, les préserve et les rend disponibles afin d’illustrer le développement de la communauté anglophone des Cantons-de-l’Est. Des milliers de documents tels que des journaux, des lettres, des procès-verbaux, des photographies, des cartes postales, des cartes, des plans ainsi que du matériel audio-visuel sont mis à la disposition des chercheurs. Notre archiviste vient également en aide aux généa-logistes qui sont à la recherche de leurs ancêtres.
Le CRCE fait la promotion de l’histoire riche et unique des Cantons-de-l’Est en organisant des conférences, des colloques et des expositions publiques.

 

Le Centre offre également des ressour-ces pédagogiques aux professeurs et produit sa propre publication savante, la Revue d’études des Cantons-de-l’Est (RÉCE). Fièrement membre de longue date de la communauté bishopoise, le CRCE jette des ponts entre l’Université Bishop’s et les communautés qui l’entourent.

L'ÉQUIPE
DERRIÈRE L'EXPOSITION

Coordination du projet

Fabian Will & Dr. Sunita Nigam

Conception & Texts

Dr. Sunita Nigam

Direction artistique & conception web

WILD WILLI Design / Fabian Will

Traduction

Dr. Sylvie Côté

Nous remercions les auteurs suivants pour leur contribution

Heather Darch

Angélique Goguen-Couture

Dr. Andrew Holman

Dr. Dorothy Williams

Dr. Sean Mills

Dr. Charmaine Nelson

Jody Robinson

Aïssé Touré

Nous remercions les artistes suivants pour leur contribution

Emannuelle Jacques

Ralph Maingrette

Anna Jane McIntyre

Shanna Strauss

Sébastien Thibault

Ce projet du CRCE a été rendu possible grâce à un financement généreux du
Réseau du patrimoine anglophone du Québec (RPAQ) et
du Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise (SRQEA).